Cliquez ici pour
afficher le menu
26 juin 2014
Choisir un objectif pour le portrait

La question du choix d’une optique à portrait est très régulièrement abordée sur les forums photo. Beaucoup de nouveaux arrivants ont acheté leur premier reflex accompagné du zoom « du kit » et l’optique à portrait est souvent l’un des premiers besoins qui se manifeste.
 
Après quelques lectures sur les sites ou forums spécialisés, le débutant arrive vite à la conclusion qu'il lui faut une optique "lumineuse". Mais laquelle ? 35 mm f/1.8, 50 mm f/1.8, 85 mm f/1.8 ? Les avis divergent souvent. Sans compter les modèles ouverts à f/1.4, plus chers, dont l'utilité est parfois contestée... la réflexion étant de plus brouillée par les différents formats de capteur (APS-C, 24*36). Pas simple !
 
Cet article ne donne aucune donnée chiffrée (profondeur de champ, angle de champ, distances...) mais se contente d'illustrer en photos quelques idées glanées par la pratique. En espérant que cela soit utile à ceux qui sont perdus dans les chiffres !
 
Une optique à portrait est généralement choisie selon deux critères :
 

La focale

Si on peut photographier un portrait avec n’importe quelle focale, on la choisit généralement pour donner au portrait une perspective correcte, du moins si on se place dans le cas du portrait « classique ». Le but est de donner au visage et au corps des proportions réelles, harmonieuses - voire flatteuses - et d’éviter tout rendu qui pourrait être disgracieux ou peu flatteur pour le modèle.
 
La perspective étant dépendante du point de vue, il importe de ne pas photographier en s’approchant trop près du modèle. Si on est trop proche, les éléments du visage qui sont au premier plan (nez, bouche, menton) vont paraître démesurément grands. Les oreilles paraîtront au contraire trop petites. Vous savez, l'allure qu'on a sur les photos de son mur Facebook, prises avec un smartphone tenu à bout de bras ! Les portraitistes chevronnés conseillent généralement de se tenir au minimum à 2 mètres de son sujet. C’est la raison pour laquelle on évite les courtes focales, sauf pour photographier en plan large (portrait en pied) ou très large (modèle dans son environnement). Ou encore pour obtenir volontairement un effet caricatural, mais c'est un autre sujet.
 
Je vous présente Sarah à qui je présente par avance mes plus plates excuses. En effet, je vais m'efforcer de déformer son magnifique visage mais c'est pour la bonne cause : vous expliquer comment ne pas le faire sur vos photos !
Alors tout d'abord, dans le but de lui rendre justice, voici le visage de Sarah tel que je l'ai photographié au 135 mm lors de notre dernière séance. Vous pourrez constater que ce visage est plutôt agréable à regarder :

Voici maintenant ce même visage à différentes focales (24, 35 puis 50mm). On s'aperçoit qu'aucune de ces focales ne donne un rendu fidèle du visage, les deux premières étant tout simplement des caricatures.

Avec les focales 70, 105 puis 200mm, on obtient une perspective plus réaliste.


A 70mm, cependant, on est encore loin du compte. Donc un 50mm sur un boitier DX est bien trop court et ne sera pas adapté à de tels plans serrés. Il pourra néanmoins convenir plur des plans américains.

A 200mm et de face, le visage commence à sembler plus "plat" et ce n'est probablement pas un très bon choix. Néanmoins, il peut servir lorsque, justement, le sujet le demande : un visage très tortueux, un grand nez, un grand menton seront mieux tolérés si on les photographie de cette manière.

En ce qui me concerne, je privilégie les focales comprises entre 85 et 135 mm et je réserve le 200 mm pour des plans très serrés.

Je dois apporter ici une précision importante : les déformations constatées sur les courtes focales ne sont pas dues à l'optique. Trop souvent, on entend dire que le grand-angle déforme. En réalité, le grand-angle ne déforme rien du tout (ou très peu), c'est la distance trop faible entre le photographe et le sujet qui est la cause de ces déformations. Un grand-angle peut être utilisé pour réaliser un portrait cadré très large, incluant l'environnement, et dans ce cas il n'y aura aucune déformation visible (sauf peut-être un horizon un peu tordu si l'optique est mal corrigée). Bien entendu, ces deux données que sont la distance et la focale interagissent lorsqu'on souhaite réaliser un cadrage donné : plus on utilise une focale courte, plus on s'approche du sujet, plus la focale est longue plus on s'en éloigne. On est donc tenté par ce raccourci de langage qui consiste à dire que les longues focales donnent une image fidèle alors que les courtes focales déforment. Gardons bien à l'esprit que seule la distance est responsable de ces effets néfastes de perspective. Le conseil que l'on trouve souvent chez les portraitistes chevronnés est d'éviter de s'approcher de son modèle à moins de 2 ou 3 mètres. En fonction de cette distance, on choisira la focale adaptée pour obtenir le cadrage souhaité.


Pour un boitier  FX , les focales les plus souvent utilisées sont le 50 mm (portrait en pied), le 85 mm (buste, plan américain), le 135 mm (visage).
Pour un boitier DX, on peut diviser ces focales par 1.5 pour obtenir un cadrage équivalent, soit respectivement 35, 50 (ou 60) et 85.
 
Il est souvent dit que les longues focales donnent de meilleurs résultats dans le domaine du portrait car elles procurent une profondeur de champ plus courte. Cette formulation est fausse car, à cadrage identique, la profondeur de champ d’un 50 mm est la même que celle d’un 200mm. Néanmoins, même si la PDC (c’est-à-dire la zone nette) reste identique quelque soit la focale, l’aspect des zones floues est, lui, différent et généralement plus apprécié sur les focales longues car il est plus facile d'obtenir un arrière-plan flou, régulier, doux (le fameux "bokeh") avec une longue focale.
 
Pour un cadrage et une ouverture identique, on constate principalement deux choses lorsqu’on utilise une focale assez longue :
- dans le lointain, l’angle couvert est beaucoup plus serré, permettant de mieux isoler le sujet en évitant de cadrer des éléments indésirables à l’arrière-plan.
- les différents plans semblent plus serrés, « compressés »
La série de photos précédente vous permet de vérifier cela : elles ont toutes été prises à la même ouverture (f/4) mais celles qui l'ont été en longue focale isolent beaucoup mieux le sujet. Sur celle prise au 24mm, on constate que l'environnement est très présent (même s'il est aussi flou que sur les autres photos)
 

L’ouverture

Lorsqu’on pratique le portrait hors du studio, on ne peut pas toujours maîtriser la qualité de l’arrière-plan et on cherche donc souvent à l’estomper. Pour cela, une grande ouverture est nécessaire de manière à minimiser la profondeur de champ et noyer l'arrière-plan dans le flou. Les optiques fixes sont des solutions idéales pour cela car elles procurent des ouvertures maximales plus importantes que les zooms pour un budget et un encombrement abordables.
 
Néanmoins, on peut s’apercevoir que sur un cadrage serré, une ouverture modeste de f/4 peut être tout à fait suffisante pour isoler le sujet, pour peu que le fond soit suffisamment loin derrière ce sujet et que la focale soit suffisamment longue.
 
Sur des cadrages plus larges, en revanche, de très grandes ouvertures sont nécessaires et même un zoom ouvert à f/2.8 peut ne pas être suffisant pour bien détacher le sujet du fond.
 
Exemples en photos
Changement de modèle, voici Sophie ! Désolé messieurs, Sarah n'était plus disponible.
On commence en portrait serré avec, pour chaque focale, une ouverture de f/2.8, f/4 puis f/5.6

24 mm
Quelle que soit l'ouverture, le fond même flou, semble très présent et fait partie intégrante de la composition. L'angle est  très ouvert et montre tout l'environnement.
Comme déjà évoqué, la perspective est très mauvaise, même si cela est moins visible sur un cadrage de strict profil.

50 mm
L'angle au fond est moins large, le lointain semble plus proche.
Les éléments de l'arrière-plan les plus proches du sujet sont gênants car bien distincts.
La perspective est moins mauvaise mais toujours pas franchement réaliste.

85 mm
L'angle au fond est encore plus serré. Le fond semble s'être rapproché du sujet et les différents plans de l'arrière-plan semblent se superposer. Les divers éléments du fond, à f/2.8 ou f/4, deviennent indistincts. Le regard se concentre sur le sujet sans trop se soucier du fond.
A f/2.8, le bokeh est doux. Il reste agréable à f/4. En revanche, si on ferme à f/5.6 ou plus, il devient plus "nerveux".
La perspective est correcte.

135mm
Le fond est devenu une simple texture dont seule importe la couleur et la luminosité. Il n'y a plus qu'un seul sujet : le modèle. On peut noter que même les ouvertures modestes comme f/4 ou f/5.6 donnent un arrière-plan satisfaisant, même si le bokeh est toujours plus agréable à f/2.8.


Reprenons pour comparaison les deux photos obtenues à 50 mm puis à 135 mm, à la même ouverture de f/2.8. L'avantage de la longue focale est indiscutable si on cherche à isoler un sujet. 
Notez que la photo prise ici au 50 mm n'est pas désagréable car Sophie a la chance d'habiter à la campagne dans un cadre plutôt sympathique. Mais qu'en serait-il si l'environnement était laid ? La longue focale permet de s'affranchir de l'environnement.
 

Poursuivons avec un portrait en pied. Dans ce cas de figure, j'ai comparé les focales 50 et 85 mm en choisissant des focales fixes très lumineuses.
Chacune des focales est utilisée à f/5.6, f/2.8 puis f/1.4

D'abord le 50 mm

Puis le 85 mm

L'ouverture f/5.6, quelle que soit la focale, ne permet absolument pas de détacher le sujet du fond. La photo semble "fouillis".
L'ouverture de f/2.8, pourtant importante, apporte un mieux mais ne permet toujours pas de détacher le sujet clairement.
Seule l'ouverture à f/1.4 donne un résultat convaincant, surtout à 85 mm. Mais même avec cette ouverture, le portrait en pied exigera toujours de composer soigneusement avec l'environnement qu'on ne pourra jamais estomper complètement.
On voit donc que plus le cadrage est large, plus il est compliqué d'estomper l'arrière-plan. C'est sur les plans larges ou moyens qu'une optique très lumineuse représente un véritable atout pour le portrait.
 

Conclusions

 - attention à la perspective : choisir une focale suffisamment longue pour ne pas avoir à s'approcher trop près de son modèle. 135 mm pour du visage, 85 pour du buste, 50 mm pour du portrait en pied sont de bonnes bases pour obtenir une perspective naturelle.
 
- lorsqu'on photographie en dehors du studio, les longues focales permettent plus facilement d'isoler le sujet de son contexte. Avec une focale courte, le contexte, même flou, sera toujours présent.
 
- lorsqu'on photographie en plan serré, on peut utiliser une ouverture moyenne et les très grandes ouvertures ne sont pas nécessaires. Pour peu que l'on prenne soin d'éloigner son modèle de l'arrière-plan, le 18-105 f/3.5-5.6 de votre kit peut parfaitement convenir. En prenant soin de choisir une focale suffisamment longue, le sujet sera bien isolé du contexte même sans avoir recours aux ouvertures extrêmes. D'ailleurs, les ouvertures extrêmes sont souvent à proscrire si on souhaite avoir le visage entièrement net.
 
- lorsqu'on photographie en plan large, isoler le sujet net sur un fond flou demande une optique plutôt longue à très grande ouverture (f/1.4 ou f/1.8).
 

Remarques sur les formats de capteurs

 Pour éviter de doubler toutes les données chiffrées de cet article, ce qui en compliquerait la lecture, j'ai pris le parti de travailler au format FX, qui est celui de mon boitier, et de ne pas "convertir" à chaque fois.
Si on utilise un boitier DX (APS-C), les notions concernant la perspective et l'angle de champ peuvent être retrouvées en divisant la focale citée par 1.5. En effet, si on utilise un 85 mm mm sur un boitier DX, celui-ci couvrira à peu près le même champ angulaire qu'un 135 mm monté sur boitier FX et demandera la même distance de prise de vue (procurant ainsi la même perspective).
 
Pour simplifier, on pourra donc remplacer :
24mm par 16 mm
50 mm par 35mm
85 mm par 50mm
135mm par 85mm
Ces conversions ne sont évidemment pas toutes parfaitement exactes mais elles suffisent pour obtenir un ordre d'idée en conservant des valeurs de focales fixes classiques.
 
En revanche, la profondeur de champ et le bokeh sont différents sur le boitier DX. On peut se faire une idée approximative en ajoutant 1 diaphragme aux valeurs indiquées pour le format FX. A cadrage identique, un 35 mm @ f/2.8 sur boitier DX donnera la profondeur de champ et le bokeh d'un 50 mm @ f/4 sur boitier FX. Avec toutes les réserves concernant l'aspect du bokeh qui est lié à la construction de l'optique elle-même, rendant impossible la comparaison d'un format avec l'autre.

Ajouter un commentaire

Commentaires

http://www.nehmewalid.com/4312w6sSqw0lL1vbJyQe.html

Merci pour cet article Didier , cela va surement m'aider à oser le portrait, même si cela n'est pas mon sujet de prédilection.